1. L'objet de la recherche : l'expérience des volontaires des associations humanitaires. 1.1. L'existence d'une demande concernant les associations L. 1901.
Pour Chevrier (1993), la première étape de la problématique consiste à légitimer l'objet étudié. Il s'agit de préciser "Pourquoi" nous avons "besoin de réaliser cette recherche et de connaître les résultats qu'elle propose". Dans cette perspective, le sujet choisi par le chercheur trouve une part importante de sa pertinence au niveau de la demande dont il fait l'objet, en particulier de la part de la communauté scientifique.
Ce premier critère de légitimité nous fait ici partiellement défaut. Les associations ne semblent pas préoccuper les Sciences de Gestion et constituent un terrain quasiment inexploré. Concernant la francophonie, aucune théorie n'intègre véritablement leurs caractéristiques spécifiques. Seules quelques contributions anglophones viennent combler, un tant soit peu, ce vide. Le nombre, pour le moins réduit, de travaux existant à ce sujet laisse cependant ces organisations très en marge de ce champ. La pénurie de connaissances scientifiques à ce sujet peut faire l'objet de deux interprétations différentes : elle peut exprimer un désintérêt ou refléter une négligence. L'hypothèse du désintérêt peut être associée à l'idée selon laquelle l'association ne relèverait pas directement du champ de la gestion. Cette idée part du principe que ce type d'organisation n'est, absolument, pas tenu par les contraintes de la performance. La performance constituant l'un des enjeux centraux de la gestion, les associations se trouveraient, de fait, hors sujet. "Historiquement, la gestion s'est formée à partir de l'entreprise ; mais nous verrons qu'il est très important qu'elle soit compétente non pas seulement pour l'entreprise, mais pour toutes les organisations."(Lassègue, 1981) Cette négligence ne signifie pas pour autant l'absence de pertinence du sujet. Celui-ci n'est peut-être tout simplement pas en phase avec les préoccupations actuelles de cette communauté scientifique. L'hypothèse d'une négligence nous semble, d'une certaine façon, plus vraisemblable et constitue, en tout cas, une explication plus favorable à la légitimité de notre travail. Les chercheurs en Sciences de Gestion ne songeraient pas, a priori, à intégrer ce type d'organisation. Le défaut de connaissances scientifiques au sujet des associations que nous évoquons est régulièrement souligné par des chercheurs d'horizons différents.
L'association semble effectivement faire l'objet d'un intérêt pour la recherche en Sciences de Gestion, pour ce qu'elle peut révéler comme alternatives en matière de gestion. Ce type d'organisation pourrait introduire des variations autour des lois économiques, sociologiques et gestionnaires établies à propos de l'entreprise. Ces auteurs s'orientent vers elle, avec l'espoir que, si une part importante de ses modes de fonctionnement résulte sans doute d'un champ d'opportunités distinct, certaines pratiques seront transposables à l'entreprise. La plupart de ces attentes reposent, à défaut de connaissances scientifiques, sur des connaissances immédiates. Ces dernières conduisent à l'idée que l'association ne disposerait pas du même type de ressources que l'entreprise, mais qu'elle n'aurait pas non plus à résoudre les problèmes justifiant habituellement leur utilisation. Les questions relatives aux rémunérations et au pouvoir seraient notamment rendues caduques par une main d'oeuvre partagent les mêmes valeurs et les mêmes enjeux qu'elle. En ce sens, l'association constituerait pour le gestionnaire, mais aussi pour le salarié, un monde meilleur, plus harmonieux, où le travail et la relation individu-organisation relèverait d'une réalité fondamentalement différente de celle de l'entreprise.
Une demande d'une autre nature vient, de façon plus explicite, cautionner la légitimité de notre sujet : les praticiens dénoncent régulièrement l'existence "d'un écart conscient entre ce que nous savons et ce que nous devrions savoir." (Chevrier, 1993)
Suivant une perspective semblable, nos principaux interlocuteurs dans le cadre de cette recherche : les Responsables Ressources Humaines de Médecins Sans Frontières, de l'Association Française des Volontaires du Progrès et du Service de Coopération au Développement, se sont impliqués dans ce travail avec pour enjeu de prendre du recul et de valider, ou remettre en question, les pratiques ayant émergé de leur action quotidienne. Ces pratiques résultent, pour la plupart, de rationalités procédurales (Simon, 1982), c'est-à-dire, relèvent de compromis fonctionnels émergeant des interactions avec les autres acteurs, internes et externes. Notre contribution, dans le cadre du dispositif de recherche-action mis en place avec eux, vise, entre autres : - à formaliser les arbitrages qu'impliquent leurs fonctions ; - à les aider à mieux expliciter leurs enjeux ; - à évaluer dans quelle mesure les pratiques jusque-là développées répondent à ces enjeux ; - à envisager les améliorations possibles pour réduire les éventuels écarts entre leurs pratiques et leurs enjeux. L'objectif, pour ce faire, est de leur fournir un cadre d'analyse global leur permettant d'intégrer des pratiques issues de logiques hétérogènes. La demande des professionnels relève de préoccupations pratiques auxquelles les contributions existantes ne semblent pas avoir encore apporté une réponse suffisante.
La littérature scientifique abordant directement le sujet des associations reste en définitive relativement restreinte. Nous relevons cependant un certain nombre de contributions.
Ces éléments définissent un sujet à la fois socialement légitime et susceptible de s'inscrire dans un processus de cumulation des connaissances. Même s'ils restent rares, les travaux sur les associations existent et sont susceptibles d'être intégrés. Cependant, si les associations humanitaires, sur lesquelles porte notre travail, relèvent effectivement du type d'organisation par rapport auquel s'expriment les différentes demandes évoquées, elles intègrent par ailleurs des particularités, à notre sens, trop nombreuses pour que nous puissions directement bénéficier des éléments de littérature ci-dessus mentionnés. Nous nous efforcerons, néanmoins, de confronter nos résultats aux hypothèses et aux réponses apportées par ces contributions. D'une façon générale, nous souhaitons dès à présent mettre en évidence le caractère quelque peu atypique de notre échantillon au regard de la population associative. 1.2. Identification du terrain effectivement abordé. Le monde associatif se caractérise par sa très grande diversité. Nous avons, un temps, songé à intégrer cette diversité dans le cadre de notre échantillon. L'enjeu aurait été, à travers des situations choisies en fonction de leurs différences, de faire ressortir l'essence de l'organisation associative. Mais cette ambition ne nous est, finalement, pas apparue en phase avec l'esprit des démarches qualitatives. La prise en charge d'un échantillon trop varié aurait impliqué de multiples variables déterminant des univers sensiblement différents. L'analyse comparative d'éléments aussi disparates n'aurait probablement pas amené de connaissances très pertinentes dans la mesure où la portée des différences les séparant aurait très certainement annihilé les effets de la variable associative. Outre cette contrainte inhérente à la démarche suivie, les associations humanitaires qui composent notre échantillon, Médecins Sans Frontières (MSF), l'Association Française des Volontaires du Progrès (AFVP) et le Service de Coopération au Développement (SCD) se caractérisent par de multiples spécificités telles le volontariat et l'expatriation. Ces variables déterminent, en particulier, au niveau de la GRH, une réalité tout à fait singulière.
Les associations constituent un type d'organisations, relativement singulier au regard des logiques de l'entreprise. Cette population n'est cependant pas aussi homogène qu'on peut le croire. Un premier critère permettant de percevoir et d'ordonner cette diversité a trait à l'objet social : la raison d'être et le but de l'organisation. Certaines associations correspondent précisément au type de groupes dont l'ouvrage de Mancur Olson, "La logique de l'action collective" (1978), théorise le fonctionnement : des groupes dont l'objectif est de permettre aux individus qui les composent d'accéder à un intérêt commun qu'ils ne pourraient obtenir dans le cadre d'une action individuelle. Nous écartons ce cas de figure, pour ne retenir que les associations dont l'objet social est extérieur aux intérêts personnels des participants. Il semble, en effet, que ce ne soit pas toutes les associations qui préoccupent les chercheurs, mais un type précis, correspondant à celui que D. L. Cooperrider and W. A. Passmore (1991), définissent sous le terme de "Global Social Change Organization (GSCO)". Cette expression peut être traduite par : organisation de changement social global. Ces organisations sont "des associations de personnes qui les ont volontairement rejointes..." . "Leur mission première se situe au delà des intérêts mutuels ou personnels de leurs membres, et bénéficie à la société sous la forme de bien public". Cette mission consiste en "un engagement à servir d'agent de changement dans la création d'une civilisation meilleure". Elles cherchent par la réalisation de leur objet social à contribuer à ce dessein. Au delà de leurs réalisations pratiques, elles proposent un projet de changement de la société. Les trois associations retenues dans le cadre de cette recherche, l'Association Française des Volontaires du Progrès, le Service de Coopération au Développement et Médecins Sans Frontières, sont des associations humanitaires intervenant dans le domaine du développement. Cet objet social cadre, a priori, parfaitement avec le type d'association défini par Passmore et Cooperrider, et évoqué par les différents ouvrages que nous avons pu jusque-là citer. Mais au sein même de ces organisations de changement global, demeure une très grande diversité. Cette diversité apparaît dans l'ouvrage de Courtois (1995).
Certaines associations caractérisées par l'ampleur des moyens financiers, matériels et humains qu'elles mettent en oeuvre sont, par bien des aspects, et en particulier, sur leurs modes de gestion, plus proches de l'entreprise que des petites associations. Une analyse comparative menée sur des organisations aussi différentes aurait sans doute eu beaucoup de mal à faire émerger quelques constantes de la vie associative.
Au delà de cette diversité, les associations partagent, bien évidemment, certains points communs. Concernant l'aspect de ces organisations qui nous préoccupe, la Gestion des Ressources Humaines, les associations emploient des salariés bénéficiant d'un statut comparable à celui des entreprises, mais elles recourent par ailleurs à une main d'oeuvre plus particulière : le bénévolat. La gestion de ce second type de ressources humaines est au cur de la plupart des contributions existant à propos des associations. L'intérêt accordé à cet aspect de ces organisations s'explique par le fait que c'est, sans nul doute, au niveau de la relation individu-organisation que l'association se différencie le plus de l'entreprise. Toutefois, les associations que nous étudions ne partagent pas ces similitudes. Elles se caractérisent une main d'oeuvre d'un troisième type : le volontariat. Le bénévolat peut être défini comme une activité non rémunérée et non indemnisée, effectuée en marge de l'activité principale. Intervenant dans des pays éloignés pour des durées relativement longues, les associations humanitaires ne peuvent envisager le recours à ce statut. Le volontariat s'est constitué à l'intérieur d'un vide juridique situé entre bénévolat et salariat, mais fait désormais l'objet de l'attention du législateur, au travers d'un certain nombre de textes, notamment le décret du 15 mars 1986. L'absence de rémunération qui caractérise le bénévolat est ici remplacée par une indemnité de subsistance, mais l'engagement moral, à défaut de contrat de travail, le rapproche effectivement de l'esprit de ce type de ressources humaines. S'agissant d'une activité principale à temps complet, le volontariat présente, par ailleurs, d'importantes similitudes avec le salariat. Il constitue donc une réalité singulière, à mi-chemin entre le salariat et le bénévolat. Compte tenu des différences ainsi établies, la littérature anglophone portant sur les associations peut prêter à confusion. Le terme auquel elle se réfère, "Volunteers", se révèle être un faux ami : il désigne indistinctement les bénévoles et les volontaires. Les ouvrages en question semblent cependant désigner, sous cette terminologie, des groupes de personnes exclusivement composés de bénévoles. Cette littérature reste, par conséquent, dans le cadre de cette recherche, d'un usage relativement limité. Notre recherche aurait pu poursuivre différents enjeux et cheminements : outre la comparaison entre le volontariat et le bénévolat, le rapprochement entre la situation du volontaire et celle de l'expatrié, la rencontre interculturelle, ou encore les caractéristiques de l'autonomie dont il bénéficie de fait dans son travail auraient pu faire l'objet de problématiques sans doute aussi intéressantes. Mais, bien qu'ils puissent être, à certains moments, évoqués, ou même parfois, largement abordés, ces aspects ne figurent pas parmi les enjeux de cette recherche. Notre principal objectif consiste à rendre compte des phénomènes implicationnels au cur de la relation entre le volontaire et l'association, entre le volontaire et la situation de travail que cette dernière lui propose. Suivant une démarche empirico-formelle, notre projet de recherche n'a pas pour vocation de tester ou vérifier la validité des hypothèses établies à propos de situations empruntant des variables communes avec celles étudiées. Elle consiste à explorer ces terrains et l'expérience dont ils sont le théâtre, en limitant le plus possible les "a priori". Car, même en les considérant dans une perspective heuristique, ces hypothèses risqueraient de nous orienter vers certains aspects de notre objet et de nous écarter de certains autres. Notre ambition est de faire émerger des cadres d'analyse à la mesure de la complexité et de la variété des réalités étudiées. Les théories auxquelles nous nous référons relèvent d'un niveau d'abstraction relativement élevé, suffisamment élevé pour ne pas induire d'énoncés spécifiques à propos du type de terrain abordé. Nous n'excluons pas de confronter certains de nos résultats à ceux que la recherche en gestion a pu produire à propos des associations, du bénévolat ou de l'expatriation, mais il ne s'agit là que d'une mise en perspective susceptible de nous permettre, à l'issue de cet exposé, de mieux situer les phénomènes mis à jour. Notre stratégie de recherche consiste à développer une approche la plus globale possible. Nous ne voulons pas isoler a priori, l'une ou l'autre des variables qui caractérisent notre objet. Nous nous attachons au fait que le volontaire se confronte à une situation de travail totalement nouvelle dans le cadre d'un engagement moral. A partir de là, nous cherchons à comprendre l'expérience vécue par celui-ci, à expliquer comment elle se construit, compte tenu des contraintes et des opportunités de la situation. Les types idéaux des modes implicationnels, produits au cours de cette recherche, se fondent ainsi, avant tout, sur les variations des données recueillies ainsi que sur les enjeux de l'organisation. Le phénomène que nous cherchons alors à expliquer est la contribution que développe le volontaire dans le cadre de sa relation avec sa situation de travail. Nous nous proposons donc d'étudier de façon approfondie trois associations de "solidarité internationale" ayant recours au volontariat. Leurs fonctionnements et les expériences qu'elles procurent aux volontaires apporteront sans aucun doute des connaissances nouvelles. Mais, ces connaissances produites dans notre recherche, sont étroitement liées aux caractéristiques des organisations, et ne peuvent être véritablement validées que dans ces contextes organisationnels. Leur utilisation pour comprendre et expliquer, par extension, ce qui se construit dans d'autres associations humanitaires, nécessiterait un travail supplémentaire. Nous espérons pouvoir compenser cette portée limitée par la richesse des contenus développés.
Si notre projet de recherche tend à écarter la plupart des attentes dont ce type de terrain aurait pu faire l'objet, il accorde cependant une place centrale à la relation volontaire-association. Celle-ci est qualifiée par l'association d'engagement moral réciproque. En dehors de la terminologie officielle, l'engagement signifie pour les volontaires, le fait de prendre en charge de façon relativement durable une contribution aux enjeux d'un acteur donné. Cette relation est sans doute, parmi tous les phénomènes dont l'association peut être le théâtre, l'un de ceux qui, suivant une perspective axée sur la Gestion des Ressources Humaines, peut sembler le plus prometteur. L'engagement peut ressembler, en effet, aux formes "d'implication" auxquelles les entreprises aspirent pour leurs salariés. Conformément à l'esprit des méthodes qualitatives, nous cherchons à comprendre les phénomènes relatifs à cette relation en la restituant dans son contexte. Nous nous référons parfois, dans cette perspective, à l'association pour laquelle travaille le volontaire, mais l'unité d'analyse contextuelle, sur laquelle nous travaillons, est le projet de développement. Ce projet a pour objectif de contribuer à l'amélioration des conditions de vie des populations du tiers-monde. Il est confié au volontaire sous la forme d'objectifs qualitatifs ou quantitatifs, assortis d'une échéance précise et d'un ensemble de ressources financières, matérielles et humaines. Le volontaire gère son projet de façon relativement autonome. Il interagit, dans ce cadre, avec différents d'interlocuteurs : les responsables du siège de l'association, l'encadrement délégué en capitale, les bénéficiaires, les financeurs, les salariés locaux, les autorités locales, les populations bénéficiaires, etc. Il arrive souvent, en particulier chez MSF, que les volontaires soient réunis en équipe. Mais, même dans ce cas, l'organisation du travail est telle que le volontaire dispose systématiquement d'un projet l'impliquant de façon individuelle. Cette recherche compare ainsi une cinquantaine de projets. Notre objectif est de construire un modèle capable de rendre compte des différents cas possibles indépendamment du contexte organisationnel dans lequel il se situe. La problématique à laquelle répond ce modèle apparaît finalement, à l'issue de la démarche empirico-formelle à travers laquelle nous avons peu à peu intégré les données du terrain, assez différente de celle que nous avions, au départ, pressentie. 2. Emergence de la problématique. Il était tentant d'introduire le sujet de cette thèse en rationalisant a posteriori son utilité par rapport aux terrains étudiés et de mettre en avant leur intérêt par rapport aux champs scientifiques investis. Il nous a, cependant, paru plus opportun de reprendre une partie du chemin en réalité parcouru avant d'aboutir à la problématique qui finalement structure cet exposé. Ce parcours nous permet de faire valoir la "véritable" nature des connaissances finalement produites, et permet, ce faisant, au lecteur d'intégrer, dès à présent, une partie des cadres de références à l'intérieur desquels s'inscrit la validité de notre travail. Il revient sur certaines idées dont nous avons eu à faire le deuil dans le cadre de cette recherche. Ces idées s'appuyaient, pour la plupart, sur des raisonnements explicitant des connaissances ordinaires existant à propos des associations, concernant notamment l'implication et le pouvoir. Ce parcours constitue, ce faisant, une occasion de clarifier une partie des données relatives aux réalités par la suite investies.
Les associations, bien que n'ayant pas encore fait l'objet d'un travail scientifique très approfondi, font l'objet de connaissances premières les présentant sous un jour particulièrement attractif. L'engagement signifié par les volontaires répondrait aux caractéristiques définies dans le cadre du concept d'implication tel que le définit Mowday (1982), il serait caractérisé par une internalisation des valeurs et des buts de l'organisation, une volonté de faire des efforts dans son sens et le désir d'en rester membre. Cette acception correspond dans le cadre de la typologie d'Etzioni (1961) à "l'implication morale" ("Moral Involvement" ou "commitment") "L'implication morale" constituerait, dans le contexte de l'association, le mode de relation privilégié. Le terme privilégié se référant au fait que cette relation serait à la fois la plus fréquente et la plus appropriée à la réalisation des enjeux de l'association. Cette fréquence serait "surdéterminée" par des logiques convergentes : une logique économique, une logique juridique et une logique sociale. - l'association n'offrant pas de rémunération suffisante pour donner lieu à de quelconques spéculations, les volontaires, acceptant de s'engager, se fondent sur des motivations d'un autre ordre et le "commitment" s'impose par défaut (logique économique); - la relation n'ayant pas été requalifiée en contrat de travail, elle échappe à la subordination et au pouvoir (logique juridique); - en l'absence de spéculation, les enjeux des différents acteurs en présence convergent dans la même direction (logique sociale). "L'implication morale" apparaîtrait, dans cette perspective, comme la relation nécessaire tant du point de vue logique que pratique. En effet, l'association ne bénéficiant ni de pouvoir coercitif, ni d'incitation financière, elle constituerait l'unique voie possible pour obtenir une contribution conforme à ses enjeux. L'association ainsi présentée introduirait des logiques sans commune mesure avec celles des entreprises. Elle requerrait des connaissances spécifiques auxquelles cette thèse se propose de contribuer. La problématique alors envisagée était "Comment l'association peut-elle gérer "l'implication morale" des volontaires ?". Il s'agissait d'explorer les caractéristiques de la Gestion des Ressources Humaines face à l'opportunité que constitue un effectif moralement impliqué dans l'organisation.
Nos premières expériences sur le terrain confirmèrent ces anticipations. Effectivement : - "l'implication morale" constituait un phénomène relativement fréquent ; - les contributions étaient satisfaisantes. Les volontaires manifestaient une volonté de mener à bien leur projet et les responsables de l'association semblaient satisfaits ; - les volontaires paraissaient, par ailleurs, bénéficier d'une large autonomie. "L'implication morale" expliquait pourquoi l'immense majorité des volontaires travaillaient autant, dans le sens de l'organisation et de façon durable, en dépit de l'absence de contraintes extérieures. Les volontaires de l'Association Française des Volontaires du Progrès et ceux du Service de Coopération au Développement travaillaient le plus souvent seuls. Leur "implication morale" s'exprimait à travers la conformité de leur contribution avec les objectifs qui leur étaient confiés. Les missions initiées par MSF illustraient la portée de "l'implication morale" au niveau de l'action collective. Les volontaires évoquaient, avec émotion, ce sentiment d'une expérience partagée, d'une communion d'action fondée sur les mêmes motivations.
Bien que vérifiant nos hypothèses, les données recueillies dans le cadre des phases exploratoires de notre démarche empirico-formelle firent émerger des phénomènes inattendus dont certains menaçaient les points de vue anticipés : - la fréquence de "l'implication morale" dans l'organisation enregistrée avant le départ diminuait de façon significative en fonction de l'ancienneté des volontaires. Ce mode ne constituait finalement qu'un cas de figure possible. Sa relative fréquence s'inscrivait, en fait, dans une tendance générale à la diversification et à la multiplication des formes d'implication tant au niveau collectif qu'individuel ; - nous ne parvenions pas, par ailleurs, à établir une corrélation significative entre "l'implication morale" dans l'organisation et la contribution du volontaire. A ces résultats, mettant à mal le caractère systématique des logiques pressenties, nous constatâmes au moins trois phénomènes curieux : - malgré l'absence de contrat de travail, certains volontaires, s'appuyant sur leur propre expérience ou, le plus souvent, sur celle d'un autre dont il avait entendu parler, dénonçaient le pouvoir que l'organisation pouvait exercer sur eux. - alors que les volontaires et l'association avaient pour vocation de leur venir en aide, les populations concernées ne semblaient pas toujours apprécier leur présence. Au delà de jugements parfois très critiques, la plupart ne comprenaient pas bien l'utilité que pouvait avoir le projet et avaient du mal à admettre le caractère "désintéressé" de la démarche des volontaires. - alors que tous les volontaires s'engageaient autour d'un même projet, les relations au sein des équipes se révélaient très souvent difficiles. Les tensions entre volontaires ayant à travailler ensemble, de façon plus ou moins permanente, semblaient être la règle. Finalement, de tous les énoncés anticipés, le seul ayant résisté à l'épreuve des faits était le premier, celui relatif aux contributions : la grande majorité des volontaires rencontrés produisaient un travail satisfaisant. Bien que n'atteignant pas toujours les objectifs du projet, ils manifestaient leur volonté de faire du mieux possible, ce que semblaient parfaitement admettre les responsables de l'association.
Ces résultats mettaient à mal notre projet de départ. Il nous fallait comprendre pourquoi les faits ne vérifient pas les logiques pressenties. Au moins deux types d'erreurs étaient, a priori, envisageables : soit une prémisse erronée contaminait notre raisonnement (Boudon, 1993), soit les données réfutant nos énoncés n'étaient pas valides. Entre les deux, différents niveaux d'analyse peuvent être remis en question : les niveaux ontologique, épistémologique et méthodologique.
Les théories sur les motivations auxquelles nous nous référons par ailleurs, tendent à démontrer que l'individu n'est que très rarement conscient des forces qui le poussent à agir. Partant de là, ces résultats, obtenus sur la base d'entretiens mettant à contribution la conscience de l'individu, ne nous permettent pas de trancher de façon définitive sur nos énoncés de départ. Au delà, la pertinence d'un projet de recherche visant à établir les liens entre les engagements signifiés par les individus et leurs contributions apparaît, à la lumière de ces théories, très limitée, pour ne pas dire vouée à l'échec.
Au moins deux alternatives restent, a priori, possibles en vue de, "malgré tout", poursuivre notre recherche : nous pouvons rechercher des indicateurs susceptibles de mesurer la "véritable implication" ou nous pouvons nous orienter vers d'autres concepts, capables de prédire la performance, tout en étant plus accessibles. Ces deux alternatives partent du principe qu'il existerait une relation objective entre l'individu et son environnement, mettant en interaction la performance avec des "causes", pour la plupart, inconscientes. De façon plus implicite, elles considèrent cette relation comme la seule véritablement pertinente, reléguant ainsi, au second rang, la relation plus subjective que l'individu intègre dans le cadre de sa conscience. Cette dernière est, en effet, souvent conçue comme une reproduction imparfaite, voire erronée de la relation objective. Ces deux alternatives se donnent pour objectif d'identifier les véritables causes de la contribution. Elles excluent, ce faisant, ce qui constitue pour nous une troisième alternative possible pour dépasser les problèmes posés par la difficulté de mesurer la "véritable implication" sur la base de ce que peut en dire l'individu : la stratégie finalement retenue consiste à étudier l'implication signifiée, en tant que telle, sans systématiquement chercher à la confronter à une hypothétique "véritable" relation. Nous reprenons ainsi les données recueillies dans le cadre de la phase exploratoire, mais modifions notre problématique. Notre problème n'est plus, comme nous l'avions au départ envisagé, d'explorer comment gérer la "véritable implication" en vue d'optimiser ses effets en termes de performances. Notre problème consiste, à présent, à savoir pourquoi les formes d'implication signifiées par les volontaires ne présentent pas de corrélation significative avec les différents critères retenus pour évaluer leurs performances.
Nous reprenons ainsi les engagements signifiés par les volontaires dans le cadre des entretiens, autrement dit les enjeux qu'ils promettent de prendre en charge et les interprétons en termes d'implication. Ce concept nous permet d'expliciter les logiques de la relation où s'inscrivent ces engagements. Ils peuvent, suivant les cas, être interprétés comme le résultat d'une contrainte, d'un échange ou d'un don relevant d'une logique plus unilatérale. L'implication décrit ainsi la relation telle que la conçoit l'individu, en questionnant plus particulièrement la mesure et la logique, suivant lesquelles, il prend en charge les enjeux de l'objet ou de l'acteur auquel elle renvoie. Nous évoquerons désormais cet acteur ou objet à travers le terme de "référentiel" d'implication et nous parlerons désormais de "mode" d'implication pour désigner le type de logique dont elle relève. A ce titre, nous pouvons préciser notre problématique à travers différentes questions : - "Si l'implication signifiée diffère de "la véritable implication", à quoi correspond-elle ? Quelle est la portée de "l'implication signifiée" par le volontaire ?" - "Si la forme et l'intensité de "l'implication signifiée" ne permettent pas de prédire la performance des volontaires, peut-elle permettre de prédire d'autres variables ?" Autrement dit :
3. Définition des enjeux de la recherche et structure de l'exposé.
Cette volonté de questionner la portée de l'implication "signifiée" en termes de contribution en dépit de l'indépendance "statistique" relevée entre les deux variables peut, a priori, sembler inopportune. D'un point de vue scientifique, la démarche classique consiste plus à repérer des régularités et des logiques récurrentes qu'à étudier les relations entre des variables supposées indépendantes. Du point de vue de la gestion, l'enjeu consiste à rechercher des moyens d'améliorer la performance, le "bon sens" voudrait qu'on étudie, en priorité, les phénomènes présentant, a priori, les meilleures potentialités. Nous situons la pertinence de cette recherche en Gestion des Ressources Humaines par rapport à des enjeux intégrant différents registres : des enjeux ontologiques, épistémologiques, méthodologiques, pratiques et idéologiques.
Toutes ces raisons nous confortent dans notre volonté de travailler sur la relation individu-situation de travail, telle que celui-ci la conçoit. Il n'en reste pas moins que cette variable ne présente, a priori, compte tenu des données recueillies, aucun lien avec la performance. Cette dernière constitue le principal enjeu de l'organisation et, par conséquent, celui que le chercheur en Sciences de Gestion se doit d'intégrer. Partant de là, en dépit des avantages qu'elle présente en termes de praticabilité, l'étude de cette variable, dans le cadre d'une recherche s'inscrivant dans cette discipline, apparaît, de prime abord, problématique. Peut-être, alors, faut-il préciser que notre projet ne s'appuie pas seulement sur l'utilité d'intégrer "l'implication signifiée", mais sur sa nécessité. En effet, celle-ci ne constitue pas seulement une donnée à laquelle le gestionnaire peut facilement avoir accès dans le cadre de sa pratique quotidienne, elle demeure, par ailleurs, la principale ressource, pour ne pas dire la seule, dont il peut immédiatement disposer pour comprendre les logiques qui animent l'individu et négocier, avec lui, les conditions et les modalités de sa contribution. La problématique traitée se fonde précisément sur ce problème pratique. Pour être complète, son énoncé devrait, en guise de préambule, intégrer cette nécessité : "Les responsables de l'encadrement ne disposant, pour comprendre le volontaire et négocier avec lui sa contribution, que de ce que celui-ci est capable de dire à propos de leur relation, quelles peuvent être, pour l'association, la valeur et l'utilité de "l'implication" ainsi "signifiée" ?" C'est ainsi uniquement (ou principalement) parce que le gestionnaire ne dispose pas d'autres données, qu'il est intéressant d'étudier "l'implication signifiée" : - sa portée, ce qu'elle peut impliquer, ses relations avec d'autres phénomènes, ceux dont elle peut être la manifestation et ceux qu'elle peut influencer ; - son utilité pour l'association, les contributions qu'elle peut apporter à sa performance. Cette dernière peut, pour l'instant, être définie comme l'optimisation de la réalisation d'enjeux le plus souvent multiples. Nous intégrons, en particulier, à propos des associations étudiées, une performance symbolique correspondant à leur capacité à produire et diffuser du sens. 3.2. Logiques de la démarche et structure de l'exposé. La problématique finalement adoptée nous ramène à des questionnements relativement classiques, relatives aux rapports susceptibles d'exister entre ce que pense (et dit) l'individu et ce qu'il fait. Il n'est bien entendu pas possible de répondre d'emblée à une question qui depuis toujours résiste aux Sciences Humaines et Sociales. Notre propos consiste ici à l'actualiser dans le cadre d'une situation particulière, avec pour objectif d'apporter un ensemble de réponses opératoires aux questions que se posent nos interlocuteurs. L'exposé de cette recherche est structuré en trois grandes parties.
Les deux premiers chapitres explicitent les catégories d'analyse au départ retenues. Le premier chapitre reprend la littérature existant à propos de l'implication. Ce concept nous permet de décrire les logiques des relations dans lesquelles s'inscrivent les engagements signifiés par les volontaires. Notre objectif, dans ce chapitre, est de découper l'ensemble des relations possibles sous la forme d'une partition. Nous distinguons deux variables : le référentiel, qui précise l'acteur ou l'objet auquel l'implication est adressée, et le mode qui décrit les logiques de la relation. Les trois modes auxquels nous nous référons s'inspirent des catégories définies par Etzioni (1961). Relativement larges, ces modes sont susceptibles d'être appliqués aux différents référentiels qui composent la situation de travail du volontaire. Le deuxième chapitre emprunte une perspective plus analogique, il a pour objectif de définir ce qu'est une relation, afin de situer les spécificités de celle décrite par l'implication. Ce projet se heurte à l'irréductibilité que nous percevons entre deux types de relations : les interactions caractérisant la "relation substantielle" et les interdéfinitions sur lesquelles se fondent la "relation symbolique". Partant de là, nous retenons trois catégories d'implication correspondant à trois types de relations susceptibles d'être interprétés dans les termes définis dans le premier chapitre : - "l'implication substantielle", qui rend compte des interactions entre l'inconscient et les données de l'environnement ; - "l'implication sociale", qui constitue une forme possible de l'implication symbolique ; il s'agit de la façon dont les autres conçoivent les relations entre l'individu et son environnement ; - "l'implication symbolique", qui décrit les relations entre l'individu et son environnement telles que celui-ci les conçoit. Elle s'inscrit dans le cadre d'activités conscientes d'ordre cognitif. C'est à cette dernière que nous nous attachons, c'est à travers elle que nous isolons et situons les engagements signifiés par le volontaire. Cette recherche n'entend bien évidemment pas, d'emblée, résoudre l'ensemble des questions relatives aux rapports existant entre conscience et comportements. Le troisième chapitre postule en ce sens des cadres de références définissant l'ensemble des relations possibles entre les intentions que formalise la conscience et les comportements effectivement développés. Nous partons du principe que ces derniers sont, d'ordinaire, déterminés par les interactions substantielles et objectives entre l'inconscient et les données de l'environnement. Le cadre paradigmatique ainsi développé admet néanmoins que la conscience peut, en marge de ces déterminismes, influencer les comportements : - à travers sa dimension cognitive, en formalisant le champ d'opportunités et de contraintes investi ; - à travers sa dimension existentielle, dans la mesure où le maintien de son intégrité, à travers des comportements conformes aux intentions qu'elle leur attribue, peut être source de motivation. Ces postulats nous permettent en outre de préciser notre problématique. Notre épistémologie ne considère pas de rupture entre connaissances scientifiques et connaissances ordinaires. La validité des connaissances n'est, compte tenu des paradigmes retenus, pas donnée mais construite à travers l'optimisation des propriétés la cognition ordinaire. Une réflexivité plus poussée peut, par exemple, permettre d'accéder au critère de neutralité. Les données ainsi produites sont, suivant qu'il s'agisse de représentations touchant à des faits objectifs ou de la vision des acteurs, réfutables ou vraisemblables. Ces deux critères valent également pour le modèle théorique construit dans le cadre d'une démarche empirico-formelle que nous décrivons dans le quatrième chapitre. Cette démarche consiste en un aller-retour permanent entre les données empiriques et les théories scientifiques. Dans ce cadre, la saturation signifie qu'aucune nouvelle donnée n'est en mesure d'actualiser davantage le modèle théorique produit. Nous abordons le recueil des données qualitatives à partir de techniques relativement souples, mais nécessitant le recueil d'un corpus parallèle intégrant les circonstances dans lesquelles elles ont été obtenues. Le cinquième chapitre présente les données ainsi recueillies. Il compose avec les difficultés liées à des données trop nombreuses pour être intégralement exposées et avec la volonté de ne pas d'emblée dévoiler les modèles mis à jour pour les interpréter. La partie relative aux données du contexte et celle décrivant les contributions constituent des données intermédiaires donnant une idée des phénomènes en question. Le contexte du volontaire est construit autour du projet de développement dont il a la charge. Nous retenons comme principales caractéristiques de celui-ci, les ambiguïtés et les contradictions qui le traversent. La qualité de la contribution du volontaire dépend alors, au delà des efforts fournis pour réaliser les objectifs du projet, de ses aptitudes à intégrer ces ambiguïtés et ces contradictions, de sa façon d'être et de sa capacité à innover. Ainsi, si la plupart des volontaires fournissent des efforts suffisants, leurs capacités à rendre le projet acceptable pour tous, et en particulier pour les populations locales, se révèlent très inégales. Entre les données du contexte et celles relatives à la contribution, nous présentons la vision et les engagements signifiés par les volontaires. Le résumé de ces pensées sous la forme de données chiffrées ne nous apparaît pas très significatif dans la mesure où un grand nombre des engagements développés correspondent en fait à des logiques d'implication situées à mi-chemin entre les catégories retenues. La plupart des volontaires développent par ailleurs des formes d'implication multiples, dérivées ou indépendantes. Compte tenu de ces éléments, nous jugé souhaitable de compiler une partie des extraits d'entretiens qui, par la suite, illustreront les énoncés validés dans le cadre du modèle. Nous invitons ainsi le lecteur à se faire une impression plus personnelle des réalités étudiées, avant que nous ne lui proposions nos interprétations. La première série d'interprétations porte sur la façon dont l'implication évolue et s'ajuste en fonction de l'expérience vécue. Le chapitre 6 souligne ainsi les résistances de la plupart des volontaires à remettre en cause leurs anticipations. Nous mettons en avant les propriétés émergentes du processus implicationnel : l'implication ajustée se révèle plus complexe, plus réaliste et plus congruente que l'implication anticipée avant le départ. Cette dernière apparaît, dans une certaine mesure, superficielle alors que la première repose sur une internalisation plus profonde des engagements qui la composent. Ces engagements liés à l'implication ajustée sont susceptibles d'intervenir dans la détermination des comportements. La manière dont ces engagements interviennent, dépend des logiques en fonction desquelles ils sont convoqués par le volontaire en situation. Le septième chapitre développe l'analyse des différents modes de convocation à travers la construction de quatre types-idéaux : le pragmatisme, le conditionnel, l'exclusif et le discernement. Chaque mode de convocation obéit à différentes logiques de sélection des engagements ; ces logiques sont notamment conditionnées par la capacité du volontaire à se référer simultanément à plusieurs d'entre eux. Alors que le sixième chapitre explique l'évolution des modes d'implication à long terme, ce septième chapitre rend compte des logiques implicationnelles des volontaires en "situation présente". Enfin, la troisième partie de la thèse actualise les connaissances ainsi produites en fonction des enjeux des associations et plus particulièrement ceux de leurs Responsables Ressources Humaines. Ces derniers sont nos principaux interlocuteurs dans le cadre du dispositif de recherche-action, dont le huitième chapitre expose les modalités et les enjeux. Ce chapitre présente par ailleurs les problématiques respectives de l'Association Française des Volontaires du Progrès (AFVP), du Service de Coopération au Développement (SCD) et de Médecins Sans Frontières (MSF). A l'instar des données présentées dans le cinquième chapitre, les informations ici introduites constituent des connaissances intermédiaires permettant au lecteur de restituer les exemples sur lesquels s'appuient les deux chapitres suivants. Le neuvième chapitre conceptualise les différents registres de performance que peut intégrer l'association. Il souligne le fait qu'en dépit d'un but non-lucratif, elle reste soumise aux contraintes de la performance technico-économique, tout en intégrant des registres plus spécifiques, comme celui de la performance symbolique. A ce titre, la performance globale de l'organisation peut être rapportée à une performance politique visant à équilibrer ces deux registres. Nous soulignons le rôle de l'informel dans la réalisation de cet objectif. Fort de ces catégories, nous évaluons les contributions associées aux différents types d'implication mis à jour dans le septième chapitre. En dehors des dérives par ailleurs relevés, nous analysons ces types d'implication comme autant de voies possibles pour rendre le projet acceptable pour tous. L'opportunité des contributions liées aux différents modes d'implication demande cependant à être pondérée des risques qu'ils engendrent en termes de fiabilité des comportements. Les risques qu'encourent l'association à ce niveau, sont cependant limités par des logiques de pouvoir que nous formalisons, dans le dixième chapitre, en termes d' "autonomie conditionnelle". Plus encore que les intérêts technico-économique de ce mode d'encadrement, nous faisons valoir l'opportunité qu'il représente dans le cadre d'une gestion des contingences de l'implication tenant compte des aptitudes émergeant du processus implicationnel. Dans cette perspective, nous préconisons une responsabilisation progressive. Au bout du compte, les connaissances construites autour du concept d'implication constituent une grille de lecture permettant à nos interlocuteurs d'intégrer l'ensemble des phénomènes qu'ils ont en charge de gérer, notamment l'expérience et la performance du volontaire, comme différents aspects d'un seul et même phénomène. La réappropriation de ces connaissances, par nos interlocuteurs, dans le cadre de leurs logiques d'action, tend, ce faisant, à réactualiser leurs rapports avec les réalités auxquelles elles se rapportent. |